Intelligence économique : la France aurait-elle encore une guerre - économique - de retard ?

L’intelligence économique une discipline encore méconnue ! La France aurait-elle encore une guerre - économique - de retard ?
« À l’École de guerre économique, située à Paris, les étudiants apprennent à comprendre et analyser le monde à l’aune d’une discipline encore méconnue, l’intelligence économique… » peut-on lire dans un article du Dauphiné du 19 août 2025.
Plus de 30 ans après le rapport Martre (1994), plus de 25 ans après la création de l’EGE par Christian Harbulot et le Général Pichot-Duclos en 1997, on en est ENCORE là !
Dans un article du Figaro de Bertille Bayart, du mois d’aout 2025, un « expert » déclare pourtant « … le renseignement économique est le plus sensible, le plus secret et se passe…aussi entre amis ». Nicolas Lerner le patron de la DGSE déclarait dans une interview du 7 juillet 2025 sur LCI : « il ne faut pas être naïf… ».
Son service s’est d’ailleurs récemment doté d’un 7ème pilier aussi bien fourni en effectifs que les autres dédié à la lutte contre le terrorisme…
Les USA eux ont dès la chute du mur de berlin réorienté l’action de leurs services de renseignement vers le renseignement économique (Directive présidentielle 24 du National Counter Intelligence Policy Board qui annonce une réorientation de la politique américaine de contre-espionnage au profit du renseignement économique en mai 1994).
Ainsi, dès 1993, une War Room (ou Advocacy Center) avait été créée par le Department of Commerce. Basée sur le modèle d'un état-major de crise, cette structure gouvernementale comprenant treize membres devait faciliter l’obtentions de grands marchés internationaux à destination des entreprises américaines.
De la guerre économique à la guerre de l’information
Dans le prolongement de cette dynamique les américains ont très vite compris que « l’information » était source de pouvoir. William Benton, secrétaire d'État adjoint ouvrant la voie au concept de « Americain Way of Thinking » déclarait d’ailleurs dès 1946 :
« Le département d'État entend faire tout ce qui est en son pouvoir, tant au niveau politique que diplomatique, pour contribuer à éliminer les obstacles artificiels à l'expansion, à travers le monde, des agences de presse, magazines, films ou autres moyens de communication américains appartenant au secteur privé. » La liberté de la presse - et celle des échanges d'information en général - fait partie intégrante de notre politique étrangère. »
Dès l’apparition d’internet les Etats-Unis ont développé une doctrine d’Information warfare qui est rapidement devenu au début des années 2000 le sujet de prédilection de l’armée américaine. Le Dr J. Alger la définie comme la maîtrise de la 5ème dimension : « Un ensemble d’actions visant à obtenir la suprématie informationnelle en affectant les informations, le traitement de l’information et les systèmes d’information d’un adversaire tout en protégeant sa propre infrastructure ».
Le cheminement intellectuel des théoriciens, des chercheurs et des militaires américains est le suivant : la situation conflictuelle post guerre froide et l’avènement d’une société de l’information conduisent à l’apparition d’une «guerre de la troisième vague» (agraire, industrielle et informationnelle), un concept initialement énoncé par les époux Toeffler dans l’ouvrage Guerre et contre guerre.
Dès les années 2000 les Etats-Unis ont intégré la sphère informationnelle comme 5 ème espace de bataille et d’affrontements des intérêts de puissance tout comme l’espace d’ailleurs (étendu à l’armée de l’air française en 2020 seulement) leur permettant de s’imposer au monde comme le référentiel unique, de prendre et de conserver le leadership mondial à travers trois axes de pénétration :
- l’influence technique et technologique
- L’influence culturelle
- L’influence informationnelle
David Rothkopf analyste et commentateur américain de la politique étrangère, de la sécurité nationale et des affaires politiques écrivait déjà en 1997 dans son livre Praise of cultural imperialism : « Pour les États-Unis, l’objectif central d’une politique étrangère de l’ère de l’information doit être de gagner la bataille des flux de l’information mondiale en dominant les ondes, tout comme la Grande-Bretagne régnait autrefois sur les mers » …« Il y va de l’intérêt économique et politique des Etats-Unis de veiller à ce que, si le monde adopte une langue commune ce soit l’anglais, que s’il s’oriente vers des normes communes en matière de télécommunications, de sécurité, et de qualité, ces normes soient américaines que …les programmes soient américains et que si s’élaborent des valeurs communes ce soient des valeurs dans lesquelles les américains se reconnaissent. »
La guerre de l’information
Aux Etats-Unis, le concept d’Information Warfare a suscité une querelle d’expert. Aucune définition ne faisant l’unanimité, un débat sémantique est né au sein de la communauté militaire et civile (Joe Ruffini, Rand corporation, Winn Schwartau…) dans lequel l’aspect défensif de la guerre de l’information prévalait. La déclinaison ci-dessous de Martin Libicki de la national Defense University apparait comme la plus pertinente et s’articule autour de deux axes :
Contre les forces militaires et contre la société : Information is power N’en doutons pas, pour les Etats-Unis, l’information c’est le pouvoir… il n’est qu’à visionner cette vidéo de 2002 pour s’en persuader.