Tribune : la France n’a pas besoin d’être affolée

Contact presse : David HORNUS
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En période de tension, de pré-crise ou de crise avérée, un principe devrait guider responsables politiques comme citoyens : garder son sang-froid. « Conserver son assiette », dirait avec sagesse la génération de mon père. Autrement dit : On se calme, on respire… et on boit frais.
Les derniers jours ont offert un spectacle pour le moins déroutant. Tandis que le Chef d’État-Major des Armées multiplie les avertissements martiaux — jusqu’à évoquer la possibilité de « perdre nos enfants » dans un futur conflit — le Président de la République, lui, dénonce publiquement les « bourgeois des centres-villes » qu’il accuse d’entretenir le marché des stupéfiants et l’Etat diffuse aujourd’hui son kit de survie… (tout un programme).
Deux déclarations choc mais avouons-le, tout de même un peu déconnectées de la réalité stratégique immédiate, qui génèrent turbulences et affolent une opinion déjà fragilisée par des crises multiples.
Oui, la Russie est une menace.
Oui, le monde se recompose, et pas toujours en notre faveur.
Mais non, les chars russes ne piétinent pas aux portes de l’Europe occidentale, prêt à fondre par une nouvelle trouée de Fulda sur l’Alsace et la Lorraine.
Et non, l’urgence aujourd’hui n’est pas de préparer l’opinion à l’hypothèse d’une guerre de haute intensité — mais d’empêcher l’éclatement de notre société.
C’est ici - en France - que la maison brûle
Car pendant que certains agitent l’épouvantail russe, d’autres — parfois au plus sommet de l’État — préfèrent cibler les “bourgeois des centres-villes” qui seraient les principaux consommateurs de drogues, accusés de financer les narcotrafiquants plutôt que de désigner avec lucidité et honnêteté intellectuelle les véritables problèmes. La saillie verbale, aussi inutile que stigmatisante, du chef de l’Etat ne règle rien. Pire, elle alimente la confusion ambiante et détourne l’attention de ce qui mine réellement la vie des Français.
Parce que la vérité, la voici : les menaces qui frappent la France aujourd’hui ne viennent pas des chars russes. Elles viennent :
- du narco-banditisme qui gangrène des quartiers entiers,
- des attaques au couteau quasi hebdomadaires,
- des atteintes aux forces de l’ordre et des refus d’obtempérer qui illustrent l’effondrement de l’autorité,
- d’un niveau d’alerte attentat maximal,
- d’une inflation qui étrangle les foyers,
- d’une insécurité quotidienne devenue la norme,
- d’une crise migratoire non maîtrisée,
- d’une économie étouffée par les charges sociales et une pression fiscale inégalée,
- d’un séparatisme religieux qui infiltre et divise,
- d’une instabilité politique qui immobilise et fragilise nos institutions.
Voilà les réalités. Et ces réalités là ne sont pas à 2 500 km. Elles sont à nos portes, dans nos rues, sur nos fiches de paie, dans les bilans de nos entreprises - artisans, commerçants, TPE, PME, ETI… dans nos tribunaux, nos écoles, nos EPHAD, nos hôpitaux...
Le vrai danger : la superposition des crises
Ce n’est pas la menace russe seule qui doit nous inquiéter ; mais l’accumulation perverse, maligne et redoutable des menaces : l’économie affaiblie, la violence banalisée, la cohésion fracturée, le terrorisme toujours latent, les institutions à bout de souffle.
C’est cette superposition des vulnérabilités qui crée le risque majeur : la réaction en chaîne, l’effet domino. Une société fragilisée de l’intérieur est toujours plus vulnérable à ce qui vient de l’extérieur.
On ne gouverne pas par la peur
Face à la complexité du monde post-guerre froide, la France, ses organisations et ses citoyens vont devoir s’armer d’une discipline pragmatique pour affronter la multitude de défis qui s’amoncèlent à l’horizon :
Anticiper, Agir, Réagir, Perfectionner pour prévenir, préparer et protéger pourrait être notre boussole.
Ce n’est ni un mantra militaire ni un slogan de communication : c’est une méthode. Une méthode qui exige sang-froid, lucidité, constance et sens des priorités.
Si la Russie est un risque militaire, il doit être surveillé et contenu. Si la Chine (mais pas que…) est un compétiteur systémique, il faut s’en défendre. Mais la panique stratégique ne crée aucune résilience. Elle ne fait qu’ajouter du chaos psychologique à un chaos social déjà bien trop présent.
Plutôt que d’affoler l’opinion avec l’idée d’un futur sacrificiel, commençons par remettre de l’ordre chez nous. Une confrontation de haute intensité avec la Russie engagerait l’OTAN et mènerait à une nucléarisation funeste du conflit.
La France n’a pas besoin de visions apocalyptiques anxiogènes, mais d’un État qui regarde la réalité en face et qui met les forces en mouvements pour anticiper, rassurer et préparer l’avenir à toutes les éventualités.
Ne serait-il pas d'abord temps de rétablir le patriotisme, la sécurité, la stabilité et la confiance — ici, maintenant, sur notre propre sol.
Charité bien ordonnée commence par soi-même.